Un prêt de regroupement de dettes remplace plusieurs dettes par un seul nouveau crédit. La mensualité baisse souvent, mais la durée s’allonge et le coût total augmente presque toujours. Quand les dettes ne sont pas seulement des crédits (factures d’énergie, impôts, loyer, hôpital), emprunter pour les payer transforme des montants sans intérêt, ou étalables, en une dette qui porte intérêts pendant des années. Si vous avez déjà du mal à payer, commencez par les solutions gratuites ou encadrées décrites ci-dessous avant de signer un nouveau contrat.
| L’essentiel |
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Cette page est un guide informatif : elle ne contient aucune offre de crédit ni de regroupement.
Regroupement de crédits ou regroupement de dettes : de quoi parle-t-on ?
Les deux expressions sont souvent employées l’une pour l’autre, mais elles ne recouvrent pas les mêmes situations.
- Regroupement de crédits : un nouveau crédit rembourse un ou plusieurs crédits en cours (prêt à tempérament, prêt voiture, ouverture de crédit, parfois un crédit hypothécaire). Vous n’avez plus qu’un prêteur et une mensualité.
- Regroupement de dettes : le nouveau crédit sert aussi à payer des dettes qui ne sont pas des crédits : arriérés de factures (énergie, télécom, eau), impôts, loyer, frais médicaux, découvert. Ces créanciers sont payés, mais vous devez désormais cette somme au prêteur, avec intérêts.
Le Code de droit économique encadre strictement la publicité dans ce domaine : il interdit la publicité pour un crédit qui incite le consommateur « dans l’impossibilité de faire face à ses dettes » à recourir au crédit, qui met en avant la facilité ou la rapidité d’obtention, ou qui incite au regroupement des crédits en cours (art. VII.65 pour le crédit à la consommation, art. VII.123 pour le crédit hypothécaire). Une annonce qui vous promet de de « tout regrouper sans délai et sans conditions » doit donc vous alerter.
Quand un regroupement peut avoir du sens
Un nouveau crédit pour rembourser les anciens n’est pas interdit. Il peut se justifier lorsque toutes ces conditions sont réunies :
- Vos revenus sont stables et votre budget est équilibré : le problème est un empilement de mensualités, pas un manque structurel de revenus.
- Le nouveau taux (TAEG) est nettement plus bas que celui des crédits remplacés, par exemple pour sortir d’une ouverture de crédit coûteuse.
- La durée n’est pas allongée au-delà de ce qui reste à courir sur les crédits actuels, ou très peu.
- Les frais sont connus : indemnité de remboursement anticipé des anciens crédits, frais de dossier, frais d’hypothèque si le nouveau crédit est garanti par votre logement.
- Les anciennes lignes sont clôturées : une ouverture de crédit remboursée mais laissée ouverte peut être utilisée à nouveau, et vous vous retrouvez avec deux dettes.
Si l’objectif est seulement de « respirer » chaque mois, la question à se poser est différente : combien ce répit va-t-il coûter, et le budget sera-t-il vraiment équilibré après ? L’article Combien me prête la banque ? explique comment un prêteur apprécie votre capacité de remboursement.
Quand c’est une mauvaise idée
- Vous payez déjà des dépenses courantes avec du crédit (découvert permanent, ouverture de crédit utilisée pour les courses) : un regroupement ne corrige pas le déséquilibre et les nouvelles dettes reviennent.
- Vos dettes sont surtout des factures ou des impôts : ces créanciers acceptent souvent un étalement. Les payer avec un crédit ajoute des intérêts sur plusieurs années.
- Il faut hypothéquer votre logement pour obtenir le crédit : une dette de consommation devient garantie par votre maison, avec des frais d’acte et un risque de saisie du logement en cas de nouveaux impayés.
- Vous êtes déjà enregistré pour un défaut de paiement dans la Centrale des crédits : les prêteurs sérieux en tiennent compte, et les offres « même fiché » méritent la plus grande prudence.
- On vous demande de payer avant de recevoir l’argent : c’est le schéma classique des faux prêteurs (voir plus bas).
Le coût réel : un exemple chiffré
Exemple purement illustratif, avec des taux choisis pour le calcul et non des offres du marché. Un ménage doit 12 000 € au total :
- un prêt à tempérament : 6 000 € restant, 24 mensualités, taux annuel de 8 % ;
- une ouverture de crédit : 3 000 € utilisés, que l’on suppose remboursés en 24 mois à 12 % ;
- des arriérés de factures et d’impôts : 3 000 €, qu’on suppose étalés sur 12 mois sans intérêt grâce à des plans de paiement négociés.
Il compare cette situation à un seul crédit de regroupement de 12 000 € à 9 % sur 60 ou 84 mois. Hypothèses de calcul : mensualités constantes, taux mensuel = taux annuel / 12, sans frais de dossier, d’hypothèque ni indemnité de remboursement anticipé (qui alourdiraient encore le regroupement).
| Scénario | Mensualité | Total remboursé |
|---|---|---|
| Sans regroupement (mois 1 à 12) | 662,58 € | 12 901,92 € |
| Sans regroupement (mois 13 à 24) | 412,58 € | |
| Regroupement sur 60 mois | 249,10 € | 14 946,00 € |
| Regroupement sur 84 mois | 193,07 € | 16 217,88 € |
La mensualité est divisée par deux ou trois, mais le regroupement coûte ici 2 044,08 € de plus sur 60 mois et 3 315,96 € de plus sur 84 mois, et la dette dure 5 à 7 ans au lieu de 2. Les 3 000 € de factures, qui ne coûtaient rien dans l’hypothèse retenue, portent désormais intérêts pendant toute la durée du nouveau crédit.
À l’inverse, si le budget ne permet vraiment pas de payer 662,58 € par mois, la solution ne passe pas forcément par un crédit : elle passe par une renégociation avec chaque créancier ou par une médiation de dettes.
Attention, emprunter de l’argent coûte aussi de l’argent.
Les alternatives avant (ou à la place d’) un nouveau crédit
1. Parler à chaque créancier
Pour un crédit, Wikifin (FSMA) conseille de contacter au plus vite votre prêteur pour demander une suspension temporaire ou un étalement, et de confirmer par recommandé ce qui a été convenu. Si le prêteur refuse ou ne répond pas dans un délai d’un mois, le juge de paix peut éventuellement accorder un rééchelonnement des échéances futures.
Pour une facture impayée à une entreprise, la loi protège le consommateur : le premier rappel est gratuit et vous disposez d’au moins 14 jours avant que des frais ou intérêts de retard puissent être réclamés (art. XIX.2 du Code de droit économique). Si vous demandez un plan d’apurement dans le délai prévu après la mise en demeure, le créancier ne peut pas poursuivre le recouvrement amiable avant d’avoir statué sur votre demande (art. XIX.9). Vous pouvez aussi demander les pièces justificatives de la dette (art. XIX.3).
Pour les impôts, le SPF Finances prévoit une demande de plan de paiement ; les conditions sont précisées sur sa page.
2. La médiation de dettes amiable
Si vous avez plusieurs créanciers ou si la discussion avec le prêteur n’aboutit pas, adressez-vous à un médiateur de dettes. Seuls peuvent exercer cette fonction les avocats, les officiers ministériels et mandataires de justice, ainsi que les institutions publiques ou privées agréées (art. XIX.20), comme le service de médiation de dettes du CPAS de votre commune.
- Le médiateur négocie à votre place un plan de remboursement avec vos créanciers et vous aide à gérer votre budget.
- La médiation de dettes exclut la conclusion d’un contrat de crédit (art. XIX.16) : le médiateur n’est pas un prêteur.
- Une fois la demande introduite, les créanciers ne peuvent plus poursuivre le recouvrement amiable pendant 45 jours ou jusqu’à la décision (art. XIX.9, § 3).
- Coût : les institutions agréées ne peuvent réclamer que les frais fixés par la Région ; avocats et officiers ministériels fixent leurs honoraires mais doivent vous informer qu’il existe des alternatives peu onéreuses, voire gratuites (art. XIX.43 et XIX.44).
3. Le règlement collectif de dettes
Si la médiation amiable ne suffit pas, le règlement collectif de dettes est une procédure judiciaire introduite devant le tribunal du travail de votre domicile. Elle vous donne du temps pour rétablir votre situation, mais s’accompagne de règles strictes (gestion par un médiateur judiciaire, plan imposé). Un médiateur de dettes ou le CPAS peut vous aider à évaluer si cette voie est adaptée.
4. Revoir le crédit hypothécaire existant
Si vous êtes propriétaire et que la difficulté vient de la mensualité du prêt logement, parlez d’abord à votre prêteur : voir Remboursement hypothécaire : formules, remboursement anticipé et retards.
La Centrale des crédits de la BNB : ce qu’elle change
Avant d’accorder un crédit, le prêteur doit consulter la Centrale des crédits aux particuliers de la Banque nationale. Vous pouvez consulter gratuitement vos propres données (en ligne avec eID ou itsme, par courriel, par lettre ou au guichet à Bruxelles).
- Un contrat remboursé sans incident disparaît au plus tard 3 mois et 8 jours après sa fin.
- Un défaut de paiement régularisé reste visible un an après la régularisation.
- Un défaut non régularisé reste enregistré dix ans à compter du premier défaut.
Un regroupement ne « nettoie » donc pas un fichage : rembourser un crédit en défaut grâce à un nouveau crédit laisse la trace du défaut pendant un an, et le nouveau crédit apparaît lui aussi dans la Centrale.
Les signaux d’alerte : faux prêteurs et offres douteuses
La FSMA décrit un schéma fréquent : un prétendu prêteur promet un crédit très avantageux, puis réclame un paiement préalable (frais de dossier, de légalisation, d’assurance…). Une fois la somme versée, il disparaît. Soyez particulièrement prudent si :
- on vous demande de payer quoi que ce soit avant le versement du crédit ;
- l’offre arrive sans demande de votre part, par e-mail ou réseau social ;
- l’interlocuteur utilise une adresse de messagerie gratuite (gmail, hotmail, outlook…) ;
- les conditions sont trop belles : montant très élevé par rapport à vos revenus, taux très bas, durée inhabituellement longue ;
- le paiement est demandé par transfert d’argent en espèces difficile à tracer ;
- l’identité, le siège ou l’autorisation du prêteur ne peuvent pas être vérifiés, ou la société imite le nom d’un établissement connu.
En cas de doute, contactez la FSMA avant de payer ou de transmettre vos documents.
Checklist avant de signer quoi que ce soit
- Listez toutes vos dettes : créancier, montant restant, taux, mensualité, date de fin, retards éventuels.
- Séparez les crédits des autres dettes (factures, impôts, loyer) et demandez un étalement pour ces dernières.
- Consultez gratuitement vos données à la Centrale des crédits.
- Si un nouveau crédit est envisagé, comparez le total remboursé (mensualité × nombre de mois + frais), pas seulement la mensualité.
- Vérifiez l’indemnité de remboursement anticipé des crédits actuels et, s’il y a une hypothèque, les frais d’acte.
- Faites clôturer les ouvertures de crédit remboursées.
- Si le budget ne tient pas, même avec une mensualité réduite, contactez un médiateur de dettes (CPAS ou service agréé) plutôt qu’un nouveau prêteur.
Pour les règles propres aux achats payés en plusieurs fois, voir aussi Vente à tempérament : règles, acompte et prêt à tempérament.
Sources
- Code de droit économique, Livre VII (art. VII.65, VII.123, VII.147/31) et Livre XIX (art. XIX.2, XIX.3, XIX.9, XIX.16, XIX.20, XIX.43, XIX.44), texte coordonné Justel (Moniteur belge), consulté le 24/09/2026 : ejustice.just.fgov.be
- Wikifin (FSMA), « Que faire si vous n’arrivez plus à rembourser votre crédit ? », consulté le 24/09/2026 : wikifin.be
- Wikifin (FSMA), « Vos dettes s’accumulent » et « Le recouvrement de dettes », consultés le 24/09/2026 : wikifin.be
- Banque nationale de Belgique, Centrale des crédits aux particuliers, « Informations pour les particuliers », consulté le 24/09/2026 : nbb.be
- FSMA, « Faux crédits », consulté le 24/09/2026 : fsma.be
- SPF Finances, « Demander un plan de paiement » (page identifiée le 24/09/2026 ; conditions détaillées sur la page) : fin.belgium.be
