Un regroupement de crédits consiste à souscrire un nouveau crédit qui rembourse plusieurs crédits en cours : il ne reste alors qu’un seul prêteur et une seule mensualité. En Belgique, ce nouveau crédit est soit un crédit à la consommation (sans hypothèque), soit un crédit hypothécaire (avec hypothèque sur un logement). La mensualité baisse surtout parce que la durée s’allonge : le coût total, lui, augmente souvent. Cette page explique les deux formules, les frais de sortie à prévoir, deux calculs complets et ce que la loi encadre.
| L’essentiel |
|
Sommaire
- Définition
- Les deux formules : avec ou sans hypothèque
- Frais de sortie des anciens crédits
- Exemple 1 : deux prêts à tempérament
- Exemple 2 : dans un crédit hypothécaire
- Quand regrouper, quand éviter
- Étapes et documents
- Ce que la loi encadre
- La Centrale des crédits
- En cas de difficultés
- Les erreurs fréquentes
- Sources
Ce qu’est (et n’est pas) un regroupement de crédits
Le nouveau prêteur verse les montants nécessaires pour solder vos crédits existants : prêt voiture, prêt personnel, ouverture de crédit, parfois crédit hypothécaire. Les anciens contrats prennent fin ; vous remboursez ensuite uniquement le nouveau crédit, à ses propres conditions (taux, durée, garanties).
Deux conséquences pratiques :
- C’est une nouvelle demande de crédit. Le prêteur doit évaluer votre solvabilité et consulter la Centrale des crédits aux particuliers de la BNB, comme pour n’importe quel crédit (Code de droit économique, art. VII.77).
- Les dettes ne diminuent pas. Le capital à rembourser reste le même, augmenté des éventuelles indemnités de remboursement anticipé et des frais du nouveau crédit.
Les termes « rachat de crédits » et « regroupement de crédits » désignent en pratique la même opération. Si vous ne voulez refinancer qu’un seul crédit hypothécaire pour obtenir un meilleur taux, la logique est différente : voir notre page sur le rachat de prêt hypothécaire.
Les deux formules possibles en Belgique
| Formule | Qualification légale | Frais propres |
|---|---|---|
| Sans hypothèque | Crédit à la consommation | Indemnités de sortie des anciens prêts |
| Avec hypothèque | Crédit hypothécaire | Indemnités + acte notarié, inscription hypothécaire, expertise éventuelle |
Sans hypothèque : un nouveau crédit à la consommation
C’est la formule utilisée quand on ne regroupe que des crédits à la consommation. Le nouveau contrat est généralement un prêt à tempérament : montant, taux et mensualités fixes, durée déterminée. Vous disposez d’un délai de quatorze jours pour renoncer au contrat (art. VII.83).
Avec hypothèque : un crédit hypothécaire, immobilier ou « mobilier »
Lorsque le nouveau crédit est garanti par une hypothèque sur un logement, la loi le traite comme un crédit hypothécaire. Elle distingue (art. I.9, 53/1° et 53/2°) :
- le crédit hypothécaire à destination immobilière, qui finance l’acquisition ou la conservation d’un bien immobilier, ou refinance ce même crédit ;
- le crédit hypothécaire à destination mobilière, garanti par une hypothèque mais qui finance autre chose, par exemple le remboursement de crédits à la consommation.
Un regroupement qui reprend à la fois un crédit hypothécaire et des crédits à la consommation combine donc souvent les deux destinations. Il passe par un acte notarié, avec les frais qui l’accompagnent (acte, inscription ou modification d’hypothèque). Ces frais dépendent du montant et de la situation : demandez un décompte écrit au notaire et au prêteur avant de comparer.
Ce que coûte la sortie des anciens crédits
Rembourser un crédit avant son terme peut entraîner une indemnité. Les plafonds diffèrent selon le type de contrat :
| Crédit remboursé | Indemnité maximale |
|---|---|
| Prêt à tempérament, plus d’un an avant la fin | 1 % du capital remboursé anticipativement (art. VII.97) |
| Prêt à tempérament, un an ou moins avant la fin | 0,5 % du capital remboursé anticipativement (art. VII.97) |
| Ouverture de crédit (réserve, carte de crédit) | Aucune indemnité (art. VII.97, § 2) |
| Crédit hypothécaire | Indemnité de remploi prévue au contrat, en général trois mois d’intérêts maximum (Wikifin) |
Deux précisions utiles. Pour un crédit à la consommation, l’indemnité ne peut jamais dépasser les intérêts qui restaient à payer jusqu’à la fin du contrat, et aucune indemnité n’est due si le taux n’est pas fixe pendant la période concernée. Pour un crédit hypothécaire, Wikifin indique que, depuis le 10 juin 2024, la banque ne peut plus réclamer d’indemnité de remploi si vous refinancez le prêt auprès d’elle.
Pour un prêt à tempérament, le remboursement anticipé se prépare par lettre recommandée au prêteur, au moins dix jours avant l’échéance visée ; le prêteur doit ensuite vous communiquer le calcul de l’indemnité.
Exemple 1 : regrouper deux prêts à tempérament
Exemple illustratif. Les taux sont des hypothèses de calcul, pas des offres du marché. Un ménage rembourse :
- un prêt voiture : 9 000 € de capital restant, 30 mensualités restantes, taux annuel de 6 % ;
- un prêt personnel : 6 000 € de capital restant, 36 mensualités restantes, taux annuel de 8 %.
Il paie aujourd’hui 511,83 € par mois (323,81 € + 188,02 €), et il lui reste 16 483,02 € à payer au total. Il envisage un nouveau prêt à 7 % qui solde les deux contrats. Les deux prêts ont plus d’un an à courir : indemnités maximales de 1 %, soit 90 € + 60 € = 150 €, incluses dans le nouveau capital de 15 150 €. Calcul : mensualités constantes, taux mensuel = taux annuel / 12, sans frais de dossier.
| Scénario | Mensualité | Total à payer |
|---|---|---|
| Situation actuelle | 511,83 € | 16 483,02 € |
| Regroupement sur 48 mois | 362,79 € | 17 413,92 € |
| Regroupement sur 60 mois | 299,99 € | 17 999,40 € |
| Regroupement sur 84 mois | 228,65 € | 19 206,60 € |
Même avec un taux (7 %) proche de la moyenne des anciens prêts, le regroupement coûte ici 930,90 € de plus sur 48 mois et 2 723,58 € de plus sur 84 mois. Le gain de trésorerie mensuel est réel, mais il se paie : la dette dure quatre à sept ans au lieu de deux et demi à trois ans. Pour refaire ce calcul avec vos propres chiffres, voir comment calculer une mensualité à partir du TAEG.
Exemple 2 : intégrer ses crédits dans un crédit hypothécaire
Exemple illustratif, taux choisis pour le calcul. Un propriétaire a encore 100 000 € à rembourser sur son crédit hypothécaire (180 mois restants, 3 %) et 15 000 € sur un prêt personnel (60 mois restants, 7 %). Il paie 987,60 € par mois (690,58 € + 297,02 €) et il lui reste 142 125,60 € à payer.
On suppose un nouveau crédit hypothécaire à 3,5 % de 115 750 € : les deux soldes plus une indemnité de remploi de trois mois d’intérêts sur le crédit hypothécaire (100 000 € × 3 % / 12 × 3 = 750 €). Les frais de notaire et d’hypothèque ne sont pas inclus : ils alourdiraient encore les chiffres ci-dessous.
| Scénario | Mensualité | Total à payer |
|---|---|---|
| Situation actuelle | 987,60 € | 142 125,60 € |
| Nouveau crédit sur 15 ans | 827,48 € | 148 946,40 € |
| Nouveau crédit sur 20 ans | 671,30 € | 161 112,00 € |
Le taux hypothécaire est plus bas que celui du prêt personnel, mais la durée fait la différence. Pris isolément, les 15 000 € du prêt personnel coûtent 17 821,20 € s’ils sont remboursés en 60 mois à 7 %, contre 20 877,60 € s’ils sont étalés sur 240 mois à 3,5 %. Un taux plus bas ne rend donc pas un regroupement moins cher si la durée s’allonge fortement.
Quand un regroupement peut se justifier, et quand il coûte plus cher
Il peut avoir du sens si :
- le nouveau taux est nettement plus bas que celui des crédits repris et la durée n’est pas allongée (ou très peu) ;
- vous reprenez une ouverture de crédit utilisée en permanence à un taux élevé, et vous la clôturez ensuite ;
- un changement durable de revenus (pension, temps partiel) rend les mensualités actuelles difficiles, et vous acceptez en connaissance de cause un coût total plus élevé.
Il coûte généralement plus cher, ou n’est pas adapté, si :
- la baisse de mensualité vient seulement de l’allongement de la durée ;
- des crédits proches de leur terme sont repris (ils ne coûtaient presque plus d’intérêts) ;
- des dettes sans intérêts (factures, impôts avec plan de paiement) sont transformées en crédit ;
- les anciennes réserves de crédit restent ouvertes et se remplissent à nouveau ;
- des retards de paiement existent déjà : voir la section sur les difficultés ci-dessous.
Les étapes et les documents
- Faire l’inventaire : pour chaque crédit, capital restant dû, taux, mensualité, date de fin, type de contrat (prêt à tempérament, ouverture de crédit, crédit hypothécaire). Demandez un décompte de remboursement anticipé à chaque prêteur.
- Consulter la Centrale : vérifiez gratuitement les données enregistrées à votre nom à la BNB ; ce sont celles que le prêteur verra.
- Calculer le total encore à payer dans la situation actuelle, puis pour chaque offre (mensualité × nombre de mois + frais).
- Demander des offres auprès de prêteurs ou d’intermédiaires de crédit, avec les documents habituels : identité, preuves de revenus récentes, contrats et décomptes des crédits à reprendre et, pour une formule hypothécaire, les informations sur le logement.
- Lire le contrat : taux, TAEG, durée, frais, assurances éventuelles, et vérifier que le nouveau prêteur rembourse directement les anciens crédits.
- Clôturer les ouvertures de crédit reprises et vérifier ensuite, via la Centrale, que les anciens contrats sont bien soldés.
Ce que la loi encadre
Le livre VII du Code de droit économique contient plusieurs règles qui visent directement le regroupement :
- Publicité : toute publicité axée spécifiquement sur l’incitation à regrouper des crédits en cours, ou affirmant que les crédits en cours ont peu d’influence sur une demande, est interdite (art. VII.65 pour le crédit à la consommation, art. VII.123 pour le crédit hypothécaire). Une publicité axée sur la facilité ou la rapidité d’obtention du crédit est également interdite.
- Solvabilité : le prêteur ne peut conclure un nouveau crédit que s’il estime raisonnablement que vous pourrez le rembourser. Si la Centrale enregistre plus de 1 000 € d’impayés non remboursés sur un crédit à la consommation ou un crédit hypothécaire à destination mobilière, il ne peut pas conclure de nouveau contrat (art. VII.77, § 2).
- Intermédiaires de crédit : ils ne peuvent recevoir aucune rémunération du consommateur (art. VII.114 et VII.147/30), ne travaillent qu’avec des prêteurs agréés ou enregistrés (art. VII.112) et doivent signaler aux prêteurs sollicités les autres crédits demandés pour vous au cours des deux derniers mois (art. VII.113). Si le même intermédiaire est intervenu pour l’ancien et le nouveau crédit, aucune commission n’est due, sauf baisse significative du TAEG.
- Médiation de dettes : elle est réservée aux avocats, officiers ministériels, mandataires de justice et institutions publiques ou privées agréées (art. VII.115). Une société de crédit ne peut donc pas vous la vendre.
Avant de transmettre des documents à un intermédiaire ou à un prêteur inconnu, vérifiez son statut : la FSMA publie des mises en garde contre les faux prêteurs, qui demandent souvent des frais avant tout versement.
La Centrale des crédits : ce que le prêteur verra
La Centrale des crédits aux particuliers de la BNB enregistre vos contrats de crédit et les éventuels défauts de paiement. Vous pouvez consulter gratuitement les données à votre nom. Selon la BNB, un défaut de paiement reste enregistré un an après sa régularisation, et dix ans à compter du premier défaut s’il n’est pas régularisé. Un contrat remboursé normalement disparaît au plus tard trois mois et huit jours après son échéance.
En cas de difficultés : un nouveau crédit n’est pas toujours la solution
Si des mensualités sont déjà en retard, un regroupement peut repousser le problème et l’aggraver. Les communes proposent, via leur CPAS, un service de médiation de dettes qui aide à organiser le remboursement des créanciers tout en gardant un niveau de vie décent (Wikifin). Les alternatives (négocier avec chaque créancier, plan de paiement, médiation amiable, règlement collectif de dettes) sont détaillées sur notre page prêt de regroupement de dettes : coût réel, risques et alternatives.
Les erreurs fréquentes
- Comparer uniquement les mensualités, sans calculer le total encore à payer.
- Oublier les indemnités de sortie et, pour une formule hypothécaire, les frais d’acte.
- Reprendre un crédit qui se termine dans quelques mois.
- Laisser ouvertes les réserves de crédit soldées par le regroupement.
- Signer sans vérifier que le nouveau prêteur rembourse lui-même les anciens contrats.
- Payer des frais à un intermédiaire : la loi le lui interdit.
Attention, emprunter de l’argent coûte aussi de l’argent.
Sources
Consultées le 25 septembre 2026.
- Code de droit économique, livre VII (texte consolidé, Justel) : art. I.9, 53/1° et 53/2°, VII.65, VII.77, VII.83, VII.97, VII.112 à VII.115, VII.123, VII.147/30 — ejustice.just.fgov.be
- Wikifin (FSMA), rembourser un crédit à la consommation plus tôt que prévu (mise à jour du 9 février 2026)
- Wikifin (FSMA), qu’est-ce qu’une indemnité de remploi ? (mise à jour du 6 février 2026)
- Wikifin (FSMA), vos dettes s’accumulent (mise à jour du 11 mai 2026)
- Banque nationale de Belgique, Centrale des crédits aux particuliers : informations pour les particuliers
- FSMA, faux crédits
